L’an 1 de François Hollande – Entretien avec Paroles d’Actu

Le 8 juillet 2013, le blog Paroles d’actu publiait mon analyse de la première année de mandat de François Hollande. Voir l’article en contexte ici (tout à la fin).

– Bonjour Antoine Léaument. Qu’aimeriez-vous que nos lecteurs aient à l’esprit vous concernant avant d’aller plus loin ?

– Si je devais choisir une seule information à donner à vos lecteurs, je choisirais la suivante : avant d’avoir adhéré au Parti de Gauche, je soutenais le MoDem (sans être encarté). En 2007, lors de l’avant-dernière élection présidentielle, je n’avais que 17 ans et n’étais pas en âge de voter ; toutefois, je m’intéressais beaucoup à la politique, et il se trouve que si j’avais eu le droit de le faire, j’aurais mis un bulletin « Bayrou » dans l’urne. Deux choses m’avaient plu, à l’époque, dans le discours du MoDem : premièrement, l’accent mis sur la nécessité de rembourser la dette « avant qu’il ne soit trop tard » ; deuxièmement, l’idée qu’une « troisième voie » consensuelle, mettant en commun les talents du PS et de l’UMP, était possible et salutaire pour notre pays.

Le basculement vers le Parti de Gauche s’est effectué pour moi à la fin de l’année 2010, période à laquelle j’étudiais à l’Université de Poitiers (un mélange de Lettres, d’Histoire, d’Économie, de Droit et d’un certain nombre de matières plus ésotériques comme les « études cinématographique » ou la « culture critique »). Ce sont deux éléments qui m’ont amené à adhérer, petit à petit, aux idées développées par ce parti. Il y a d’abord eu la question des retraites et le développement d’un discours qui prenait pour point de départ non pas l’économie (sur le mode « on n’a pas le choix », ce que François Hollande est d’ailleurs en train de nous ressortir actuellement) mais ce qui était juste, c’est-à-dire, dans ce cas précis, le droit au repos après une vie de labeur. Partant de là, des solutions étaient proposées pour réaliser cet objectif (meilleure répartition de l’impôt, taxation du capital, réorganisation de l’économie en ayant pour buts la transition écologique et le plein emploi, action pour la hausse des salaires, etc.). Le deuxième élément était, paradoxalement, celui qui m’avait d’abord fait adhérer au discours du MoDem : la question de la dette. Là encore, le point de départ de la réflexion développée par le Parti de Gauche n’était pas l’économie mais ce qui était légitime et ce qui ne l’était pas. Ce qui m’a plu alors, c’est que ce parti posait sur ce point des questions que je n’avais jamais entendues ailleurs, comme : « la dette est-elle légitime ? », « à qui profite la dette ? » (je vous invite d’ailleurs à regarder cette vidéo, réalisée par des camarades belges), ou encore « que se passe-t-il si on ne paye pas ? ». En fait, le Parti de Gauche ouvrait des horizons qui m’étaient jusqu’alors inconnus, mais il ne faisait pas que cela : il traçait des routes pour y parvenir, il montrait que, dès lors que l’on pensait que le politique devait primer sur l’économique (et non l’inverse), il existait des solutions alternatives pour sortir de la crise sans que le plus grand nombre ait à en pâtir.

Évidemment, je n’ai pas répondu innocemment à votre question : certaines personnes se disent que les militants du Parti de Gauche sont des utopistes qui ne comprennent pas grand-chose à l’économie ; je voulais montrer ici non seulement que ce n’est pas le cas, mais encore que nous développons au contraire une réflexion élaborée pour sortir de la crise par le haut, en ayant l’intérêt général pour seule et unique ligne de mire.

– François Hollande est à l’Élysée depuis un an. Établir un bilan sur 20% d’un parcours donné n’est pas forcément pertinent. J’aimerais plutôt vous demander ce que vous inspirent ses orientations politiques telles que vous les percevez, sa manière de gouverner et de représenter la France en Europe et dans le monde ?

– Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous : je pense qu’au bout d’un an, on doit pouvoir commencer à juger un président sur son bilan et que, dans le cas de François Hollande, il est pour l’instant catastrophique : chômage en hausse continue, désindustrialisation de la France non stoppée, écologie relayée au second plan, affaire Cahuzac… La liste est longue et je vais m’arrêter ici afin de ne pas trop charger la barque (ou le pédalo) et de répondre uniquement aux questions que vous m’avez posées.

Sur les orientations politiques prises par le président de la République, je reprendrai à mon compte le titre d’une note de blog de Jean-Luc Mélenchon : « On n’attendait rien, mais surtout pas ça ! ». Comme beaucoup de mes camarades, en 2012, j’ai voté au deuxième tour pour François Hollande, non pas parce que j’avais été convaincu par son programme mais parce qu’entre lui et Nicolas Sarkozy, la question ne se posait pas (je renvoie ici vos lecteurs vers un article que j’avais écrit juste après le premier tour). Je ne vous cacherai pas, néanmoins, que le clip de campagne de François Hollande, qui reprenait des séquences du discours du Bourget, titillait un peu ma fibre sociale et républicaine et me faisait espérer que, peut-être, son arrivée au pouvoir permettrait non pas un « changement » mais au moins une inflexion de la politique libérale qui avait été menée les années précédentes.

Cet espoir ténu a évidemment été déçu : 20 milliards d’euros pour les entreprises sans conditions associées, tentative de relance par l’offre plutôt que par la demande, accord « compétitivité-emploi » (que nous appelons, nous, « made in Medef », pour en donner la teneur), maintien du gel du point d’indice de la fonction publique, réforme des universités dans le droit fil de la politique menée précédemment par Valérie Pécresse, annonce d’une nouvelle réforme des retraites qui promet d’être encore pire que la précédente, « remerciements » pour Cahuzac mais « limogeage » pour Batho… Ça commence à faire beaucoup. Les Français ont voté pour le « changement », pas pour la continuité avec la politique menée par Nicolas Sarkozy. C’est pour ça que la formule « on n’attendait rien, mais surtout pas ça ! » me plaît : au Front de Gauche, on savait pertinemment que François Hollande ne mènerait pas la politique que nous souhaitions, mais imiter à ce point ce qui était fait par Nicolas Sarkozy… faire pire, même, parfois… je crois qu’aucun de nous ne s’attendait à cela ! De plus, je pressens que la prochaine étape  pourrait être la relance de l’exploitation des gaz de schiste (une recommandation contenue dans le dernier rapport « made in Medef »)…

Sur la manière de gouverner, je dirais qu’il y a incontestablement du mieux dans le « style » : François Hollande a réussi à rompre avec ce qu’on appelait « l’hyperprésidence » ou « l’omniprésidence » de Nicolas Sarkozy, ce qui n’était pas gagné d’avance, parce que les Français s’étaient habitués à voir en permanence un président « sur la brèche » (la faiblesse de la cote de popularité de François Hollande vient d’ailleurs probablement de là, pour partie). On revient à une pratique du pouvoir plus proche de ce qu’elle était pour Jacques Chirac (l’influence bénéfique de la Corrèze, sans doute) et, finalement, plus proche de la logique initiale des institutions de la Ve République. Cela dit, on a gagné en plan-plan ce qu’on a perdu en bling-bling. Tout cela semble un peu ankylosé, mou, sans panache ; on a l’impression d’un gouvernement qui gère les affaires courantes sans avoir de vision de long terme pour l’avenir de notre pays.

Votre question sur la manière qu’a François Hollande de représenter la France en Europe et dans le monde est intéressante parce qu’on peut la prendre sous deux angles différents : premièrement, l’image qu’il donne de la France à l’étranger en tant qu’individu, deuxièmement, l’action qu’il mène aux deux niveaux que vous évoquez (européen et mondial). Sur le premier de ces points, je n’ai pas grand-chose à dire et, pour être honnête, cela ne m’intéresse pas beaucoup ; bien sûr, comme tous ceux qui sont tombés dessus, j’ai beaucoup ri quand j’ai découvert le blog « François, ta cravate ! », mais je ne crois pas que la tenue vestimentaire ou le comportement corporel de François Hollande puissent influer de quelque manière que ce soit sur la vision que l’on a de nous à l’étranger. Sur le second point, en revanche, il y a beaucoup à dire.

Au niveau européen, d’abord, je dirais qu’il n’y a pas de grand changement avec ce que faisait Nicolas Sarkozy : comme son prédécesseur, François Hollande refuse tout rapport de force avec Angela Merkel sur les orientations à donner à l’UE. La politique de rigueur budgétaire menée partout en Europe à l’heure actuelle, sous l’impulsion de Berlin, sert avant tout les intérêts de l’Allemagne, qui a une population vieillissante et un système de retraites par capitalisation, ce qui l’oblige à favoriser une monnaie forte et des cours de bourse élevés (pour faire simple : favoriser la rente au détriment de l’activité économique). Ce n’est pas du tout le cas de la France qui a, au contraire, un système de retraites par répartition et une population jeune (comparée au reste de l’Europe) et qui sera bientôt le pays le plus peuplé de l’UE : il nous faut de l’activité, il nous faut de l’emploi ; mais cela ne veut pas dire que nous devons pour autant perdre de vue l’objectif écologique et nous mettre à produire n’importe quoi n’importe comment. Soit François Hollande n’a pas saisi ces enjeux, soit il a peur des conséquences qu’impliquent la mise en place de ce rapport de force avec l’Allemagne ; dans tous les cas, pour l’instant, il est en dessous de ce que l’on pouvait espérer de lui à ce niveau géopolitique puisque, contrairement à ses promesses de campagne, il n’a même pas renégocié le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Si vos lecteurs veulent avoir une idée de ce qui aurait pu ou de ce qui pourrait être fait au niveau européen, je leur recommande l’excellent débat Sapir-Mélenchon sur le thème : « faut-il sortir de l’euro ? ».

Pour ce qui est de l’action de François Hollande dans le monde, il y a plusieurs points qui me semblent problématiques : sur le Mali et la Syrie, on a l’impression qu’il n’y a pas vraiment de ligne directrice et, en comparant les deux situations, on peut se demander ce qui fait que nous sommes intervenus militairement à un endroit et pas à l’autre. En toute honnêteté, je n’ai pas d’avis tranché sur ces questions car je ne suis pas un spécialiste des enjeux maliens et syriens, mais l’impression que j’ai de l’action militaro-politique de François Hollande est qu’elle est incohérente. Sur un autre plan, celui des relations diplomatiques internationales, je suis effaré par les évènements récents : grâce à Edward Snowden, nous apprenons que les États-Unis espionnent la France et, alors que Monsieur Snowden demande l’asile politique à notre pays, nous le lui refusons. Pis : nous bloquons à Vienne l’avion d’Evo Morales, président de la Bolivie, en l’empêchant de survoler notre territoire parce qu’il est soupçonné de transporter clandestinement Monsieur Snowden ! C’est une faute diplomatique grave, qui provoque, à juste titre, l’indignation dans l’ensemble de l’Amérique du Sud. Sur ce point, François Hollande a fait preuve d’un manque de discernement incroyable et montré patte blanche aux États-Unis alors que nous aurions dû leur signifier que l’espionnage de notre territoire était une ligne à ne pas franchir.

– Le “redressement”, il en est beaucoup question en ces temps de crises, en tout cas dans les discours. Quelles sont les décisions, les actions que vous appelez de vos vœux pour les prochaines années pour atteindre cet objectif ?

– D’abord, il faut se questionner sur ce que l’on met derrière la notion de « redressement ». Si le « redressement », c’est avoir pour modèle les Trente Glorieuses, produire n’importe quoi n’importe comment et ne se soucier ni des enjeux environnementaux ni des questions de répartition des richesses, alors ça ne sert à rien. Si l’on veut vraiment sortir de l’ornière, il faut arrêter la politique menée à l’heure actuelle et penser aux enjeux sociaux et environnementaux du XXIe siècle : changement climatique, montée des eaux, creusement des inégalités, déplacements de populations sans précédent, etc. Si on continue, comme on le fait en ce moment, à regarder dans notre rétroviseur un passé idéalisé, tout ce qu’on va réussir à faire c’est se prendre de plein fouet le mur écologique et social vers lequel nous sommes en train de nous diriger.

Par conséquent, il y a plusieurs actions que j’appelle de mes vœux, même si je doute que François Hollande soit la bonne personne à qui s’adresser pour les mettre en œuvre. Au Parti de Gauche, nous proposons un programme économique, écologique et social cohérent pour sortir de la crise par le haut : planification écologique, protectionnisme solidaire, refonte de l’impôt sur le revenu (14 tranches au lieu des 5 actuelles), répartition équitable de l’effort entre le travail et le capital, smic à 1 700 euros par mois, salaire maximum à 360 000 € par an, éducation populaire, loi contre les licenciements boursiers, titularisation des 800 000 précaires de la fonction publique, convocation d’une Constituante pour mettre en place une VIe République, pôles publics de l’énergie et de la banque, investissements dans l’économie de la mer… La liste est longue et n’est pas exhaustive.

Tous ces éléments sont cohérents entre eux et répondent à trois grands objectifs : premièrement, assurer la sauvegarde de notre environnement ; deuxièmement, agir pour plus d’égalité sociale ; troisièmement, sortir notre économie des mains de la finance pour la placer entre les mains des citoyens. Pour un certain nombre de gens, tout ceci semble irréalisable et idéaliste mais j’aimerais dire deux choses pour les convaincre du contraire : d’abord,  nous avons pu constater que les « solutions » employées jusqu’à présent (réduction drastique de la dépense publique, libéralisme exacerbé, etc.) ont fait la preuve de leur inefficacité (la Grèce en est à sa sixième année de récession !)… à tel point que même le FMI a dû faire son mea culpa sur la politique menée ; ensuite, nous sommes les seuls – je dis bien les seuls – à avoir présenté un contre-budget chiffré qui montre le réalisme de nos propositions… ceux qui nous critiquent feraient donc bien d’en prendre connaissance (libre à eux, s’ils le peuvent, de tenter de montrer ensuite que nous sommes « irréalistes ») et d’imiter cet exemple, puisqu’ils se contentent la majeure partie du temps de critiquer sans faire de propositions concrètes.

– Quel message souhaiteriez-vous adresser au président de la République ?

– François Hollande doit prendre pleinement conscience que nous traversons en ce moment même une période historique critique. Quand ses électeurs ont voté pour le changement, ils n’ont pas seulement voté pour un changement de personne : ils ont voté pour un changement de politique, ils ont voté pour l’alternance. En inscrivant sa politique économique dans le droit fil de celle menée par Nicolas Sarkozy, François Hollande valide en creux le discours du Front national, qui rabâche en boucle : « UMPS, tous les mêmes, tous pourris ». Prendre la mesure de la situation historique que nous traversons doit au contraire mener à réaffirmer avec force ce qu’est la gauche et ce qu’est la droite. En d’autres termes, François Hollande ne devrait pas soutenir corps et biens le grand patronat comme il le fait, en pensant que c’est de lui et de lui seul que viendra la reprise, mais chercher des solutions pour répondre aux attentes de ceux qui forment l’immense majorité de la population ; salariés, ouvriers, agriculteurs, artisans, chômeurs (malheureusement), etc.

De plus, la politique d’austérité qui est menée en Europe, et appliquée à la lettre par le président de la République qui devrait au contraire s’y opposer, conduit à la baisse de l’activité économique et à l’augmentation du chômage, ce qui grève les comptes publiques et nécessite de nouvelles mesures d’austérité, ce qui conduit à la baisse de l’activité économique… et ainsi de suite ! C’est ce qu’au Parti de Gauche nous appelons le « cercle vicieux de l’austérité ». Cette logique, validée au sommet de l’État, pousse les gens à se dire : « comment faire des économies ? ». Ils se mettent alors à regarder du coin de l’œil leur voisin, leur semblable, en disant : « celui-ci profite du système » ou « moi j’ai moins d’aides de l’Etat que lui » ou « je paye trop d’impôts et lui n’en paye pas assez ». Ces réflexions s’appuient alors sur tel ou tel document pipeauté qui fait le buzz, elles s’inspirent de ce qui est répété en boucle dans les médias dominants (sur les liens entre les médias et la finance, voir le film : Les nouveaux chiens de garde) et, surtout, sont exacerbées par le discours de Marine Le Pen qui voudrait que l’immigration soit responsable de tous nos maux, alors que de nombreuses études ont montré qu’elle rapporte au contraire autour de 12 milliards d’euros par an à notre pays.

Plutôt que de cajoler la finance comme le faisait déjà son prédécesseur, François Hollande devrait donc s’attaquer aux véritables inégalités, c’est-à-dire celles qui existent entre les très riches et l’immense majorité des autres. Ainsi, peu de Français le savent, puisque les médias ne relaient pas ce type d’arguments, mais les 50% les plus pauvres de la population française se partagent 27% du revenu total et 4% (seulement !) du patrimoine français, quand les 1% les plus riches se partagent 11% du revenu total et 24% du patrimoine. De même, dans le monde de l’entreprise, celles du CAC 40 paient moins d’impôts que les PME : 8% en moyenne pour les premières, quand le taux légal est de… 33% ! Par conséquent, la vraie question qui devrait être posée par la puissance publique n’est pas « comment faire des économies ? » mais « où est l’argent ? ».

Faute de prendre à bras-le-corps la question des inégalités entre l’infime minorité qui accapare tout et l’immense majorité qui possède peu, les tensions sociales risquent d’augmenter dans notre société et de mener tout droit au racisme et à la xénophobie ; les agressions de femmes voilées à Argenteuil doivent nous alerter : elles ne sont pas des évènements anodins mais les révélateurs d’une banalisation de la violence islamophobe. Si l’Histoire ne se répète jamais à l’identique, il est de notre devoir moral de ne pas oublier les leçons que nous devons tirer de notre passé… et, à y regarder de près, la période que nous vivons actuellement présente de fortes similitudes avec les années 30 : une crise financière, une crise de l’économie réelle, une augmentation du chômage et, au final, une montée des tensions au sein de la société (dans notre cas, l’islamophobie semble avoir remplacé l’antisémitisme). Évidemment, il y a entre les années 30 et la période que nous vivons actuellement des différences notables, mais elles ne doivent pas nous empêcher d’être extrêmement vigilants : l’Histoire nous a appris que la haine de l’autre menait inévitablement au désastre ; il est primordial pas l’oublier.

Aussi, voici ce que j’ai à dire à François Hollande : il est temps de changer de politique et de s’attaquer aux inégalités entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, il est temps d’orienter notre économie vers le mieux-disant social et écologique, il est temps de mettre un terme à l’arrogance de la Commission européenne, qui provoque catastrophe sur catastrophe dans les pays du sud de l’Europe, il est temps de lutter contre la finance, il est temps de réaffirmer le rôle de l’État en matière d’économie ; bref : il est temps de donner un contenu au « changement » promis. Ce sont ces mesures et ces mesures seules qui permettront de lutter efficacement contre le Front national : les déclarations de bonnes intentions ne suffisent plus. Il faut des actes. Des actes de gauche.

– Quelque chose à ajouter ?

Je tiens d’abord à vous remercier de m’avoir proposé de répondre à vos questions : il est rare que nous soit donnée, comme vous l’avez fait, la possibilité de développer à loisir le discours qui est le nôtre. Ensuite, j’aimerais adresser un petit message à vos lecteurs : il existe un Parti de Gauche qui ne se résume pas aux caricatures véhiculées par les médias dominants. Certes, nous avons le verbe haut, nous parlons fort – parfois même « cru et dru » – et nous ne sommes pas toujours tendres avec les journalistes ; mais tous ces éléments mis en avant par les médias, qui se sentent agressés en tant que corporation, ne doivent pas cacher l’essentiel : nous développons un discours structuré et cohérent ayant pour seule ligne de mire l’intérêt général humain, ce qui passe pour nous par des mesures politiques (la  Constituante, la démocratie dans l’entreprise, etc.), sociales (le smic à 1 700 euros, le salaire maximum, la refonte de l’impôt sur le revenu, etc.) et écologiques (la planification écologique, le protectionnisme solidaire, ect.). Par exemple, peu de gens savent que nous éditons régulièrement, chez Bruno Leprince, des livres sur des sujets divers et variés, pour expliquer ce que nous pensons de tel ou tel élément et/ou ce que nous proposerions si nous étions au pouvoir.

En d’autres termes, nous ne « vociférons » pas, nous n’« éructons pas » : nous sommes critiques, certes, mais nous faisons aussi de nombreuses propositions pour sortir de la crise par le haut, en expliquant de manière systématique à la fois pourquoi nous pensons que nos solutions sont les plus efficaces et comment les mettre en œuvre. Beaucoup ne s’astreignent pas à cet exercice et se contentent de proférer des lieux communs (« chacun sait que… », « personne ne conteste l’idée que… », etc.) qu’ils n’expliquent jamais ; cela appauvrit considérablement le débat public et participe de la montée de l’abstention. Au Parti de Gauche, nous appelons au contraire à une « Révolution citoyenne », c’est-à-dire un changement politique et économique par les urnes, qui s’appuie sur une vaste mobilisation populaire. Cela n’a de chance de fonctionner que si nous parvenons à élever le débat public et à montrer qu’un autre monde est possible si l’on accepte de sortir des « solutions » traditionnelles qui ont fait la preuve de leur inefficacité.

 

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À propos de Antoine Léaument

Fondateur de la chaîne YouTube et du site « Le Bon Sens ». Responsable de la communication numérique de Jean-Luc Mélenchon.

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